L’enfant suit sa maman ...

Une mère désespérée, assise dans une salle aux néons blafards. Les murs gris ne lui sont pas inconnus. Pourtant, ce n’est pas là !

Ils le lui ont dit : Ce n'est pas la France ! NON, ce n’est pas l’Europe non plus !Bref, ce n’est pas la maison... Et même loin de là, il semble à cet enfant, qu’ici, ce n’est pas la planète Terre !

L’enfant et sa maman viennent d’être capturés par des extra terrestres !

La femme avait rêvé de l’été des Indiens, mais nul Indien à l’horizon de sa destinée et encore moins l’été. Quelle que soit le country, les salles sont toutes identiques, les sièges alignés toujours similairement sombres, loin, très loin de cet endroit, se trouve sa cabane au milieu d’une forêt d’érables.

L’enfant, tient fermement la main de sa maman. Sa maman n’est pas bien fière de se retrouver en cet endroit, sans au juste comprendre le pourquoi. L’enfant non plus, ne le sait pas. Il le ressent !

Son regard inquiet, croise celui d’un autre enfant, comme lui, assis près de sa mère, au centre de cette même pièce, aussi froide que les murs d’une prison. Leurs bouches n’émettent aucun son, mais leurs regards se comprennent, ils sont dans la même galère. Leur destin, identique en émotions.

Origine, lorsque tu nous tiens, souffrance absurde tu deviens.Le cœur de l’enfant serre très fort la main de sa maman et se sent traversé par l’immense détresse des êtres qui l’entourent, mais il n’en connaît pas la raison. Et si la raison n’existait pas mon enfant ? Et si la compréhension arrive naturellement en grandissant un petit peu ?

Les lois de l'humanité sont contradictoires, mon enfant ! L’enfant étranger aux cheveux longs et aux yeux espiègles, a envie de pleurer, mais comprend que ce n’est ni l’endroit, ni le moment pour laisser venir ses larmes. Il sait qu'il lui faut les retenir, ne rien laisser transparaître de ses émotions. Imiter le visage impénétrable de sa maman. Pour se donner du courage, il serre la main maternelle encore plus fort, comme le naufragé, se cramponne à son canot de sauvetage.

L'enfant reste muet .Maman où sommes nous ? Où sont tes pâtes jambon ? Et si, ici, au pays des libertés, habitaient les vrais sauvages ? Les cols bleus de d’implacablement légal vont et viennent inlassablement. Les ridiculement hommes, brassent du vent. Des feuilles sont suspendues entre leurs doigts, indifférents à toute la souffrance silencieuse qui règne dans l’impersonnelle salle grise. Dans ce lieu, on ne semble pas traiter des dossiers humains, mais plutôt des numéros incertains. La loi s’exprime via des textes votés au plus haut niveau de leur hiérarchie.

L’enfant ne comprend rien à leur dialecte, qui ne semble avoir un sens que pour eux-mêmes. Si par hasard, on les arrête, dans leur diction orale, ils se sentent agressés, s’engouffrent derrière une porte fortifiée pour n'en ressortir que plusieurs heures plus tard, entourés de grand renfort disproportionné. Dépassés eux même par leur manque d'humanité. Ils reviennent parfois à trois ou à quatre, afin d’affronter quelques immigrés dépouillés jusqu’à leur droit le plus fondamental : Leur dignité qui passe par leur sens de l'hospitalité ! N’est-il pas écrit quelque part sur vos dossiers que tout être humain possède le droit de vivre en tout endroit de son choix ? Si la réponse est non, voilà une belle loi à proclamer.

Abasourdis, démunis, les numéros dotés d’un visage humain, reçoivent les messages des uniformes en baissant les paupières, ravalent leur morve, essuient leurs larmes, et tournent les talons vers une autre destination. Honteux, jusqu’à maudire leurs origines ! Leur canot de sauvetage vient de couler ! L’uniforme bleu sombre vient de le crever !

De leurs larmes et de leurs supplications, les Uniformes n’ont que faire, ils ont choisit leur métier ! Personne ne peut les virer ! Désespérant, mon enfant ! Faudra fuir encore et surtout ne pas parler, car ta langue ici est prohibée.

La maman de l'enfant ne veut pas prendre au sérieux, de ce qui lui semble le provisoirement dérisoire, et surtout ne pas s’avilir avec eux. Elle ne peut accepter l’interdiction d’une terre qu’elle a choisie librement, dont elle-même ne connaît pas encore la raison, mais que le destin se chargera de le lui enseigner…Que les uniformes aillent chasser les anges de la mort. Tous ces motards devant lesquels ils se débinent au moment de les affronter… Oui, ils se débinent les Uniformes de tout poil, proprement et sans bavures. Belle bravoure que la leur.

Le cyclone destructeur sur la maman de l'enfant, s’abat à nouveau. ‘Cartier’ est devenu le nom d’un pont sur lequel elle n’aura pas le droit de marcher. La France est devenue un vague ‘ je me souviens’, l’Europe un continent lointain envié et moqué au même temps, et les Français, des descendants d’un Roi ennemi sur qui, on voudrait bien se venger. Belle Moralité ! Oui, ce peuple est gentil...Avec les plus grands de ce bas monde.

Merci, Monsieur l’agent, de ne pas renier ma nationalité ! Dommage, Monsieur l’agent, que vous n’ayez pas évolué ! Vous savez, Monsieur l’officier, les Rois, nous les avons guillotinés !Vous savez, Monsieur l’officier, il n’y a plus de ‘char’ dans nos ‘granges’, juste des voitures dans nos garages.

La maman de l'enfant ce serait elle encore une fois, plantée sur la gentillesse supposée des peuples évolués ? Par ici, ne seraient pas mieux qu’ailleurs ? A bas la vanité ! La maman de l'enfant restera une éternelle immigrée. Et sa vie, un exil profond. Tous les enfants du monde vivent en elle. A l’intérieur de sa gorge se sont réfugiés tous les oiseaux décapités par des ours fous.

Qu’il était beau de simplicité son souhait, celui de braver les frontières. Survoler le monde sur les ailes d’un oiseau bleu, plus rapide que le vent, plus fort que tous les glaciers de l’Alaska. Pas de place pour l’imagination ! Ici, se trouve l’immigration ! Uniformes difformes, individus masqués, humains invisibles derrière l’administration, cœurs insensibilisés, cerveaux revendicateurs, regards de noirceur malgré le bleu des pupilles. L'enfant le sait, un jour viendra, où vous devrez rendre compte des agressions dont vous vous êtes rendus responsables contre tous les illégaux chassés loin de vos berges et de vos cascades.

Volontaire, forcenée contre tout bon sens terrestre, la maman de l'enfant décide de poser ses bagages dans la ville que les uniformes se sont appropriés à tort ou à raison. Elle pose son baluchon, et ses souvenirs rangés dans une malle verte.

Des rêves plein sa tête et un continent d’immensité pour les réaliser. Une chose est certaine, il y a de la place, et puis, être rejetée, ne la dérange plus guère, elle s’y est habituée depuis sa naissance.

La maman chuchote à l'oreille de l'enfant assis sur le dos de l'oiseau de lumière bleue, en le serant très fort contre son cœur : « Je t'aime mon enfant, et loi ou pas, nous sommes tous des réfugiés sur cette planète Terre, viens, concrétise ton plus beau songe sur l'oiseau bleu d'éternité"

L'enfant sur un sol étranger au pays des indiens
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