📚 Formatrice, à l'approche des examens, au moment fatidique où le stress des apprenants atteint son paroxysme, j'aimais laisser place au libre échange. Relâcher la pression. Rééquilibrer les énergies afin de mieux canaliser leur attention sur ce qui importe vraiment.

😉Loin de moi l'approche psychoPapouille, mais c'est vrai,  je fonctionne encore à l'intuition. Haro sur le pragmatisme ; Mes questions sortaient parfois du cadre professionnel, et adaptées à chaque apprenant. Surpris dans un premier temps, les paroles libératrices arrivent vite, et ne s'éternisent dans un deuxième temps.

De sorte que les 'élèves' apprennent les uns des autres, et la Formatrice sinon oubliée, du moins vue comme une béquille, une aide... une lumière. Et c'est heureux. Et j'étais heureuse. Naturellement, ceci est rendu possible en fin de parcours, lorsque la classe connait, reconnait, et respecte chacun des membres.

Sur les différents postes occupés en tant que Formatrice, j'ai adoré quelques groupes, pesté contre d'autres, mais avec du recul, je remercie chacun d'entre eux, grâce à tous, j'ai appris sur moi-même.

On va pas se mentir, il y a des réactions épidermiques involontaires. Des ondes contraires qui me rebutent parfois, sans toutefois rejeter qui que soit. Au contraire. Lorsque je décelais  une souffrance, un mal être, une violence latente, je donnais encore plus de mon temps, de l'écoute...au delà du travail réglementaire. Je ne le recommande pas, mon implication n'engage que moi. Je fonctionne plus souvent avec la raison de mon cœur qu'avec la foi de ma rationalité  😉 

Quoi qu'il en soit, les expériences sur mes divers modules furent riches.  Fortes en émotions, et, il faut le dire, aussi : Epuisantes, exténuantes; mais combien valorisant ce sentiment d'avoir servi à allumer une étincelle. Partager l'expérience et être rémunérée pour...1 rêve.

En principe, je me souviens de chaque groupe. Par contre, les visages s'effacent dans ma mémoire tandis que d'autres restent vivaces.

Que du bon sur mon poste Formatrice ? Loin de là !

Je garde en mémoire  un souvenir très désagréable. Ce fut un épisode, comment dire ? 

Une véritable rébellion. Un groupe DEAVS, m' a implicitement con-vaincue que pour ce métier, je n'étais guère moulée

L'erreur ? Avoir accepté de remplacer un formateur pour la journée et au pied levé. Conclusion, je me suis retrouvée sur un cours sans temps suffisant pour peaufiner. En  arrivant, j'assure le cours de manière ludique, interactive. Mon intervention se  base sur l'entraide et la réflexion personnelle de chaque participant. Apprentissage prenant appui sur les recherches -connaissances dans un premier temps. Des bouquins sur le sujet que j'avais 'emprunté' à la bibliothèque servaient de support.

Échanges et réajustements dans un deuxième temps. Habituée à un public d'AMP dit 'autonome', et à cette façon valorisante pour tous d'appréhender un sujet, ma confiance, ou mon appréhension, va savoir, n'a pas anticipé le désastre qui s'en suivit.

Le groupe, composé d'une vingtaine de personnes, n'adhère absolument pas au concept. Ils crient haut et fort que leur 'formateur' ne fait pas comme çà; et tiennent dur comme fer à ce que le cours leur soit dispatché style scolaire comme, soit disant, avait l'habitude de pratiquer leur formateur référent.

En d'autres termes, je devais écrire sur le tableau et eux, les fesses sur une chaise, recopiaient...comme à l'école. Bonjour l'esprit d'autonomie, la capacité de recherche, la richesse du questionnement et de partage. Analyse analyse, ici nous t'assassinons en AVS. Certes, des clarifications sont apportées au tableau, selon le déroulement, mais tout le cours ? Hors de question !

Mon erreur ? L'honnêteté !

D'entrée, j 'avais précisé que c'était la première fois que je transmettais sur ce module. Mal m'en a pris. Erreur à ne jamais commettre. Formateurs en herbe, vous voilà prévenus.

En conséquence, et par ricochet, chaque terme que j'employais, chaque parole que je prononçais, chaque information que j'apportais, se transformait en argumentaire contradictoire...à tour de rôle, les élèves vérifiaient sur leur tablette, portable, etc. 

Indiscipline totale. Cauchemar incarné.

Malgré la confirmation médiatique à mon avantage, rien n'y faisait... Que faire ? Motus et bouche cousue sur le sujet ? Maigre petite revanche, prise  au piège des imbéciles !

C'était abominable, mon cours ne les intéressaient pas du tout. Je me sentais vannée, j'avais en en face de moi 20 vampires près à me saigner.

Les livres ne sont même pas été touchés et ils osent demander mes notes pour faire des photocopies afin qu'ils puissent rentrer chez eux de suite !

Un instant, mon esprit quitte la salle, mon regard se hausse au dessus de leur tête et fixe la vitre. Je me souviens d'un moineau sur la branche qui regarde mon désarroi. Je n'écoute plus aucune revendication.

Les options lancées par l'oiseau sur la branche sont claires : Les jeter hors de la classe, sur le champ !  

Crier combien leur comportement était inadmissible.

Ou lâcher prise, Laisser couler mes larmes, c'est pas mortel  de ne pas assurer. 

Dans le marasme ambiant, j'entends une voix ' presque amie : " Madame, vous nous entendez ?"

Et puis encore une autre : " Le prenez pas pour vous Madame, c'est la façon de faire qui ne nous convient pas"

Envolées les options sur le dos d'un moineau. Je survivrais !

Autant dire, qu'à la pause de midi, je n'en pouvais déjà plus et je me demandais comment je pourrais mener ce cours à terme dans la dignité.

A mi journée, après la pause, les délégués viennent me retrouver dans la classe où j'essayais de reprendre des forces loin de ces bouffeurs de sang.

Un des 2 délégués  m'informe qu'ils ont voté à l'unanimité et que leur décision était irrévocable : Ils ont décidé de partir !

Ma prière fut entendue ! Seigneur, c'est donc vrai, suffit de demander !

Le messager, avait l'air surpris du fait que je ne discutais pas leur décision. Mais ils s'attendaient à quoi ?  En réalité, je me disais, bon débarras...Sans se rendre compte, ils devancent mon souhait du jour, et ce depuis le début de ce fichu cours.

Ouf. Que cesse le carnage. Mon énergie avait été aspirée littéralement par 20 vampires. Zero argumentaire   : Plus jamais je ne remplace au pied levé un collègue.

Les apprenants ont-ils imaginé que leur désertion serait une punition pour celle qui osait prétendre remplacer leur référent en faisant autrement ?

Qui était le plus déstabilisé ? Eux ou moi ? Dans tous les cas, ils croyaient que s'ils partaient, je ne serais pas rémunérée. Comme pour le reste, ils avaient tord, mais je n'ai pas ressenti le besoin de le leur dire. Ouste. Du vent. Remarquez, je n'ai point eu l'opportunité pour cela non plus.

Naturellement, lorsque j'essaie tant bien que mal d''expliquer la situation par téléphone à la direction,  c'est surréaliste : "T'es trop gentille. Avec moi, cela ne se serait pas passé comme çà" . Voilà ce que je me suis entendue dire.  Pour le reste, je m'étais déplacée, avec ou sans élèves, mon intervention était payée intégralement.

L'histoire aurait pu en rester là...mais non...je crois aux Anges et suis une optimiste par nature. Vous savez, on dit que nous pouvons dompter notre caractère mais pas notre nature profonde, tôt ou tard, elle revient au galop. Voilà. Bienvenue au pays des imbéciles heureux.

Tandis que, face à mes doutes je rangeais les outils inutilisés, deux apprenantes, surgissent dans la salle sur la pointe des pieds. Comme gênées d'avoir été complices des anarchistes.

De retour malgré un vote à l'unanimité ? Elles  m'expliquent que tous n'étaient pas d'accord avec la décision mais que les autres les ont forcés à respecter la majorité sortie des urnes. Qu'elles avaient fait semblant de partir. Qu'il ne fallait pas que les 'autres' soient mis au courant de leur présence. Elles semblaient apeurées des représailles. Je leur donne ma parole et transmets ensuite leur demande à la direction. Acceptée !


Le reste de la journée fut à l'image du cours dont rêvent tous les formateurs optimistes, je suppose. Elles ont bénéficié d'un cours privé...et, ma foi, ce fut plutôt agréable. Pour ma part, je me réconciliais un peu avec ce fichu module que je me promis de ne plus accomplir, malgré que je le maitrisais bien mieux que je ne l'imaginais moi même au plus fort de la crise.

C'est fou comment 'un groupe'  peut déstabiliser un individu. Des années plus tard, je comprends très bien le désarroi de certains collègues débutant dans le métier. Par empathie, maintes fois je me suis permise de 'remonter' leur moral. Rien ne vaut l'expérience de la vie, lorsqu'elle est consciemment acceptée, comprise, intégrée...

Les deux courageuses apprenantes étaient dans une démarche de partage, volontaire et respectueuse. Les autres avaient fonctionné sur un mode de rejet et d'irrespect. Après coup, je remercie les uns d'avoir bravé la pression du groupe et je remercie les autres de m'avoir fait une piqure de rappel : Les humains ne sont pas tous pareils. Les humains ne se valent pas tous. A l'avenir je abstiendrai de dire selon mon 'feeling'  en terrain / classe inconnueMerci à eux tous de m'avoir permis de comprendre un fait incontournable : La vérité n'est pas toujours bonne à direLes coups de bâtons nous font avancer plus vite que toutes les fleurs qui nous sont offertes. Logique, en principe en cherche a les éviter. Heureusement pour nôtre évolution.

Avant cet épisode, le respect était très important pour moi, mais depuis l'expérience du groupe des vampires, le respect est devenu une  LOI dans les classes où j'avais autorité. Les portables et tablettes sur 'off' obligatoirement.

Nos fondamentaux évoluent. Si tel n'est point le cas, il convient de s'interroger. Cet épisode a, sans doute, endurci mon positionnement, quant aux comportements des apprenants, mais n'a pas tué mon optimisme.

Par la suite, j'ai éprouvé d'autres ras le bol, mais jamais plus ce genre d'incident. Et pour cause, je refusais catégoriquement les missions qui ne remplissaient pas les conditions optimales à l'indispensable confort professionnel auquel j'aspirais.

Ma carrière ? Que si, que çà bien entendu car les directeurs n'aiment pas que l'on refuse une offre. Au bout de quelques refus, ils ne vous proposent plus rien.

En réalité, ceci ne m'a pas empêchée de  continuer à  exercer durant  des années dans le sanitaire et social. L'objectif pour tout formateur qui veut gagner sa vie ? Intervenir dans 2 ou 3 centres. Diversifier les employeurs. Aussi, j'acceptais avec bonheur des missions courtes, hors département, ce qui m'a permis d'élargir  mon champ d'intervention. Tout naturellement des missions longues type formation ADVF sont venues à moi .

C'était super car du coup, j'accompagnais les promos du début jusqu'à la certification. De plus, j'assurais plusieurs modules dont mon préféré qui est l'Aide aux Soins d'hygiène à la personne et inclut les gestes et postures. Donc, beaucoup d'exercices pratiques, explications, échanges. Ma spécialité faut bien l'avouer. Fous rires assurés aussi. Transmettre la pratique, c'est mon dada. La théorie, oui, mais pas plus qu'il n'en faut. Dédramatiser l'affaire, vulgariser l'information...Cà j'aime.

OK, les organismes de formation ne manquent pas, par contre tous ne se valent point, c'est certain. J'ai exercé dans certains carrément véreux. Suis partie bien entendu, mais bon.

Par ailleurs, il faut savoir que lorsque l'on est formateur, nous nous retrouvons  souvent sur des CDD. Au mieux  pour la durée  de la formation, raison pour laquelle le taux horaire est plus élevé que pour un Formateur en CDI. Ceci est important a savoir pour ceux qui sont à la recherche de la sécurité dans l'emploi.

Je les comprends, même si courir après la sécurité  du poste, cela ne fait pas partie de mon ADN. Pas faute d'avoir essayé, très fort. Le constat est que tout finit par m'ennuyer à m'encroûter. Et travailler par automatisme est au dessus de mes compétences. Mon instabilité professionnelle, j'en suis consciente, je la créé et je ne la conseille à personne. C'est ainsi, j'ai besoin de vivre sur des postes différents, comprendre des pratiques parfois opposées, puis rendre ce que j'ai appris (ou pensé apprendre) à ceux qui sont restés plus bas que moi. J'aime leur tendre la main...et suis heureuse lorsqu'ils se retrouvent sur la même marche que celle ou je suis. Si tel est leur choix. Libre.

Puis, n'est ce pas cela que l'on nous dit en 2016 ? Qu'il faut accepter de changer ? Que la sécurité de l'emploi à vie n'existe plus ? J'étais en avance sur mon temps, c'est tout. J'ai voulu devenir aide soignante, je l'ai été. J'ai voulu devenir formatrice, je l'ai été aussi. Tout est possible, suffit de le vouloir et d'agir en conséquence.

Cette année, j'ai décidé de mettre un terme à ma 'carrière' dans la formation sanitaire et social, de la même façon que j'ai cessé de travailler dans le médico social. Le motif ? Toujours le même. Ennui; Impression d'avoir fait le tour...Fatiguée du fonctionnement dans ce domaine spécifique. J'ai vu de 'l'intérieur' et la couleur de leur aura ne m'enthousiasme pas. L'exercice ne  m'émerveille plus du tout.

Dans le commerce on dit, vaut mieux dire non et perdre le client, que d'accepter et rendre le client mécontent.

SI de surcroit, la situation ne me procure plus de satisfaction, hisser le drapeau blanc me semble couler de source. Sans regrets.

Tout arrive à temps, au bon moment, à l'instant parfait pour soi. Mes schémas de pensée se transforment...Tout en douceur.

 

'Modifiez vos pensées et vous changez de Monde'

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