Ce matin, je prends le bus après de nombreuses années sans y avoir mis les pieds. Fastidieux le nouveau système, bien heureusement un jeune homme, voyant mon impuissance à faire rentrer mon ticket dans la machine, et pressé d'avancer, prend les choses en mains.

 

Là, tu prends un coup de vieux Cathy. A ceux qui me demandent (hé si) pourquoi j'écris à la 3ème personne : Because ! It's my style !

 

Sourire, merci jeune homme, quelques bousculades et....

 

plus aucun siège de libre ! Mince ! Oui, je le suis, mais crevée, je le suis également.

 

Condamnée à rester debout, j'essaie de me faufiler entre une épaule et un dos, lorsque le chauffeur appuie sur le frein....mais qu'est ce qui lui a fait peur à ce point ? .....et voilà qu'à présent, telle une vague déferlante, les passagers qui se trouvaient debout s'écroulent les uns sur les autres.

 

Expressions de mécontentement pour les uns, excuses pour les autres, fous rires pour certains....et le silence du vacarme ambiant revient dans l’habitacle . Échaudée, je repère chaque arrêt et me cramponne à corps perdu et à tout ce que je peux, pour me maintenir sur mes talons compensés.

 

Rude affaire ! Ce chauffeur a-t-il réellement son permis ou est il en fuite ?

 

Bondé, le bus n'a de cesse que d'accepter encore et encore d'autres passagers... Des personnes âgées, quémandent du regard, une place assise à des 'goujats', trop nombreux, qui détournent leur regard.

 

En assistant à la scène qui se répète, je boue intérieurement. Quel manque d'éducation! Et le respect.... pfuiiii, lamentable !

 

Le chauffeur crie, comme il le ferait à des moutons, que nous devons avancer.... aller vers l'arrière de l'autobus. Je m’exécute ! Suis la seule ! Les autres s'acharnent à barrer les issues et s'agglutinent devant les ouvertures comme on s'accroche à une canot de sauvetage.

 

En effet, il y a plus d'espace à l’arrière et je constate que des sièges (libres)sont occupés par de gigantesques sacs bariolés. Quatre femmes, habillées, pour ne pas dire cachées derrière des habits sombres, ont posé des dizaines de paquets sur les sièges inoccupés. De part leur comportement, ont décrété que les 8 bancs leur étaient strictement réservés. Remarquez, peu de place pour autant de charges, mais quand même, pourquoi ne pas les poser sur leurs genoux ? Suis crevée, moi aussi, bien plus que leurs baluchons

 

Aussi vite pensé, aussi vite dit : La Cathy rentre en rébellion !

 

Le regard noir qu'une des 4 dames me lance en dit long, je remercie le ciel que ses yeux ne soient pas des revolvers, auquel cas, je serai morte !

 

Quelle tristesse saurait fut, de ne pouvoir partager mon aventure 'bus-lesque'.

 

La femme à qui je me suis adressée, murmure dans une langue qui m'est totalement inconnue et entame, visiblement à contre cœur, le déménagement de ses sacs....

    Tout doucement...    

Méthodiquement....

....je me surprends à rêver d'une oasis au milieu du désert, et me force à respirer profondément....Zen, la Cathy, Zen.

 

Les trois autres femmes qui l'accompagnent, parlent de plus en plus fort, apparemment elles ont entamé une conversation passionnée dont j'ignore le sujet, mais en attendant, je me trouve toujours debout, tributaire du bon vouloir de cette brave femme.

 

Moi qui me croyait empotée....Comment s'y prend elle ? Il semble qu'il y a encore davantage de colis que tout à l'heure. Il y en a partout, sur elle, entre ses pieds, à la place que je convoite,....c'est pas une oasis, c'est un cauchemard....

 

OK, je m'apprête à déclarer forfait....çà m'apprendra à voyager dans le désert.

 

C'est bon, dis-je, laissez tomber .....ce qu'elle fit : laisse retomber les sacs sur le siège....et la Cathy s'évapore toujours plus profond....à l'arrière du car.

 

A présent, coincée entre deux gaillards, j'ai de plus en plus chaud ; je ne suis pas la seule à souffrir du manque d'air, car le visage des deux hommes, ruissellent. Je prie que les gouttes de sueur ne tombent pas sur ma tête.

 

Et la clim ? merde alors !

 

Une dame, en insuffisance respiratoire ,se sent mal. D'un coup, toutes origines confondues, les passagers rouspètent en cœur. Je suis heureuse, un instant, face à la solidarité entre parfaits inconnus réunis dans une même cause.

 

Et la clim fut ! Pas trop tôt.

 

Voilà qu'au dessus de mes cheveux, les gaillards se mettent à parler un dialecte inconnu à mes oreilles. C'est ainsi que la Cathy est partie dans un Safari ou les panthères noires chassent la gazelle, qui courent dans la brise d'un printemps prometteur.

 

J’observe que le regard des deux hommes, est visiblement attiré.........par deux jeunes filles aussi blondes qu'eux sont bruns .Pas dupes, et coquettes au possible, les jeunes femmes se mettent à rire et à discuter....l'air faussement détaché des regards insistants mais sans agressivité. Ayant une collègue d'origine Russe, je reconnais les sons particuliers de la langue des sirènes blondes....

 

Et Elles parlent, et elles parlent et parlent encore, j'en ai la bouche sèche ! La Cathy se désaltère des flocons de neige qui recouvrent peu à peu la place rouge.

 

Par quel miracle me suis-je retrouvée assise, laissant derrière moi, les gaillards et les poulardes ?

 

Simplissime, je me rends jusqu'au terminus, de fait, au fur et à mesure, le bus se désempli.

 

Quelle cirque ! Dire que des personnes vivent cette galère tous les jours matin et soir.

 

A l'intérieur de ce bus, je prends pleinement conscience d'avoir changé de région, OUI, pour de vrai, et par voie de conséquence mon déménagement, se précise... D'un petit village, à la ville.

 

D'une voiture traîtresse qui se retrouve au garage pour relooking forcé à un bus bondé qui me stresse...déjà !

 

Dans mon village, j'avais la côte, dans cette ville, je marche sur les déjections canines qui inondent les trottoirs. C'est fou le nombre de chiens traînant derrière eux leur Maître déchu de toute autorité ; Hé, vous, faut ramasser, crotte alors !

 

Ici, des SDF à presque tous les coins de trottoir. Les premiers jours, je donnais une pièce à chacun. Quelques dizaines d'euros plus tard, j'ai abandonné l'idée. Sinon, c'est moi qui finira à leur place.

 

Beaucoup de femmes aussi, 5 pour un 1 homme ; Suis au paradis des gars, ou au royaume MLF, à vous de choisir le terme. Où suis-je ? Somewhere...je cherche...Help. La Cathy est dépassée !

 

Dans cette nouvelle ville, on parle toutes les langues....excepté le français ! Je plaisante....enfin, rien qu'un peu !

 

Pour me mettre dans le moove, je fais de même, pas de pot, ici, l'anglais, tout le monde connaît....le portugais, idem, l'arabe aussi....Bon, OK, je vais m'y mettre...au chinois.

 

J'arrive, un dernier coup de frein, je prends le temps pour me lever, de crainte que le chauffeur ne décide de s'amuser encore un peu avec les pédales.

 

Lorsque le véhicule infernal me semble à l'arrêt, réellement à l'arrêt, lorsque presque tous les passagers sont dehors, je prends la poudre d'escampette et faillis m'affaler sur le trottoir. Le chauffeur fou démarre avant que mes talons ne touchent terre.

 

C'est un complot ou quoi ?

 

Sidérée je me retourne pour interpeller le chauffeur, mais le bus s'éloigne déjà à une allure indécente, tandis que je m'accroche.... au vide...

 

Deuxième miracle de mon périple sans fin, une personne en fauteuil roulant me rattrape au vol , et je me retrouve assise sur les cuisses d'un jeune handicapé. Retour aux sources sacrée Cathy.

 

Mille excuses, rires, et je fends la foule telle une extra terrestre parmi des êtres qui se disent humains.

 

J’éprouve le sentiment d'être partie en voyage aux quatre coins de la terre, visité toutes les coutumes, observé toutes les religions, pris plein la gueule d'un peu de tout, et... exténuée , JE VEUX RENTRER chez moi !

 

C'est clair, ici, çà va me changer. A commencer par l'envie de crier :


CATHY MAISON ! CATHY MAISON !

 

 

 

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