ZENNNNN

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Moment angoissant, le moment clé du coucher, l'est !

  

      Quelques minutes avant la fin de mon service, je passe dans la trentaine de chambres pour annoncer la prise de fonction de la relève de nuit.

Je ne dispose que de quelques secondes par chambre mais ceci me permet de constater si je n'ai oublié personne, ce qui peut toujours arriver...même si, en principe, lorsque cela arrive, la personne en question utilise la sonnette.

J'arrive chez une patiente en pleurs qui se pose encore la question cruciale : Pourquoi son mari l'a t il abandonné après 50 années de mariage sans aucune explication... ?

Un autre en colère car l'Infirmier a oublié sa morphine, je compose le numéro depuis sa chambre et en sa présence. Le pauvre IDE ne trouve pas la dite morphine et se trouve dans un état de stress avancé, personne ne l'a renseigné !

Premier jour dans le service et déjà un décès à gérer entre mille et autres choses dans la journée.

Dans l'après midi , L'Infirmier, jeune homme tout mimi, vient nous voir, nous soignants un peu comme un enfant en plein désarroi et en chuchotant :

La famille du défunt est là, qu'est ce que je fais, qu'est ce que je dois leur dire ?

Chaque collègue y va de son conseil en pareille circonstance.

Cet IDE sort de l'école et n'a jamais eu a gérer pareille situation pour de VRAI.

Après que chacun se soit exprimé, je constate que le pauvre jeune homme est encore plus angoissé, et tourne en rond (comportement d'angoisse extrême)...

J'avance vers lui car jusqu'ici je n'avais pas pris la parole et lui dis très calmement.

-Écoute les, ne répond que si on te pose des questions...Dans pareille situation, il vaut mieux se taire, savoir écouter et laisser s'exprimer la famille, non ?.

Plus tard, je le croise dans le couloir, il est adossé dos contre le mur comme s'il manquait de s'écrouler, avec tous les membres de la famille en cercle autour de lui...

Chacun y allait de sa phrase, et l'IDE écoutait en silence

L'empathie se lisait sur son visage, il acquiésçait mais ne disait mot.

Ce soir, je crois bien que ce monsieur n'aura pas de morphine...

Voici que j'entre dans la chambre suivante et trouve un patient à quatre pattes juste derrière la porte, hereusement, j'ouvre la porte doucement, sinon accident certain. Par tous les moyens, j'essaie de comprendre ce qui lui arrive, où il veut aller de cette façon, mais j'ai l'impression qu'il a un épisode insomniaque.

Allez je vous aide à vous mettre debout Mr...

Faut savoir que ce monsieur est autonome dans la marche.

Rien à faire :

« mais non, je vous dis que je ne peux pas » répéte-t- il

L'heure tourne, ce qui me permet de connaître enfin mon principal défaut :

Non respect de mes horaires 

A bout d'argument, ne réussissant pas à le relever, je baisse les bras :

Bon, très bien, comme vous voudrez Mr., retournez dans votre lit à quatre pattes alors.

"mais comment faire ?" dit il son visage rivé sur le sol

 Faites le chat et retournez vous coucher svp...

Bref, de la même manière qu'il en était descendu.

Aussi étrange que cela puisse paraître, l'homme pivote sur lui même et se met à faire le chat :marcher à quatre pattes et même assez rapidement pour son âge respectable (93 ans) et grimpe sur son lit .

Je confime : Episode insomniaque qui lui fait revivre une vie antérieure animale

Les jours filent, et ne se ressemblent pas...toujours!

 

 

 

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