Lorsque j'entends frapper à la porte, j'ai à peine le temps d'ouvrir un œil, que déjà le visage inconnu d'une jeune femme en blouse blanche, se penche au dessus du lit 'étrange' où je suis allongée.

« Où suis je donc ? »

D'après elle, j'aurais dormi ici, mais les lieux me sont parfaitement inconnus.

Face à mon incompréhension, cette jeune femme me parle comme si j'étais un enfant, tout en se permettant de soulever les couvertures, que maladroitement, j'essaie de retenir.

Malheureusement, le drap glisse entre mes doigts

 

Vous êtes chez vous Madeleine, c'est votre chambre voyons.

 

Ah bon, c'est ma chambre, je ne reconnais pourtant pas mon lit, qui, j'en suis certaine, est en chêne foncé, ni le placard que nous avaient offert mes parents lorsque je me suis mariée à Charles ;

 

Suis je à l'hôpital ?

 

Mais non, puisque je vous dis que c'est chez vous ici, bon, vous avez la douche , aujourd'hui, vous vous levez, Madeleine

 

La douche ? Ah non, pas la douche, je la prendrais plus tard, je suis fatiguée

 

Devant mon refus, la jeune femme à la blouse blanche remonte les couvertures sur ma chemise de nuit et me dit que l'infirmier va venir.

 

Pourquoi çà, je ne suis pas malade.

 

A toute à l'heure me lance t elle en ignorant mon inquiétude dans ce lieu inconnu où je ne reconnais rien. Je me sens angoissée et comme en sursis, mais je ne sais pas exactement quel crime ai je commis.

 

Je ne suis pas folle tout de même, je vois bien que je suis à l'hôpital, ce n'est pas chez moi, ici , et je ne comprends pas pourquoi l'on ne me dit pas la vérité ?

 

Et pourquoi devrais je prendre ma douche alors qu'il fait encore nuit ?

 

J'ai toujours pris ma douche avant le coucher.

 

Je décide de me lever afin de me débarbouiller seule, et me dirige vers la salle de bains, qui, en effet, n'est pas non plus MA salle de bains.

 

Celle ci a les murs unis tout blanc, or, MA salle de bains est vert d'eau avec des petits dauphins sur les dalles

 

Après avoir bataillé pour retirer un slip en papier que l'on avait scotché sur ma peau, je m'installe sur le trône...

 

C'est à cet instant même que la porte de la salle de bains s'ouvre brutalement, sans que je n'entende frapper à la porte.

 

Je sursaute !

 

Un gaillard en blouse blanche me sourit.

 

Je vous ai fait peur ?

 

Quand même, ce n'est pas drôle, de plus, il a l'âge de mon petit fis, Édouard.

 

Il enchaîne sans attendre ma réponse

 

Comment çà va ce matin Madeleine ?

 

«  Bah voyez vous, j'ai ressenti le besoin de me rendre aux toilettes »

 

Je vois çà, faites vos besoins tranquille, après on viendra vous donner la douche, d'accord ?

 

« Mais où suis je ici ? »

 

Vous êtes en maison de retraite et ici c'est vôtre chambre Madeleine

 

Combien de temps je vais rester ?

 

Ah çà, mais vous n'êtes pas bien ici, avec nous...

 

Pourquoi vous me prenez ma tension ?

 

Je ne suis pas malade tout de même !

 

C'est rien Madeleine, je vérifie juste, tout va bien...

 

Vous avez terminé ? Ma collègue va venir

 

Vous en avez de bonnes, je n'ai pas encore commencé

 

mais déjà l'homme disparaît et laisse place à la jeune femme de tout à l'heure, mon besoin pressant se bloque, mes intestins se raidissent ;

 

Je la questionne mais elle ne me regarde plus, elle est absorbée à préparer la douche, puis me demande de m’asseoir sur un petit siège en plastique

 

Telle un ver de terre devant cette splendide jeune femme que je n'ai jamais vue de ma vie, les larmes coulent sur mes joues, et se mélangent au débit d'eau qui se déverse sur mon corps dénudé

 

La jeune femme à la blouse blanche me savonne, je lui dit que je peux le faire toute seule, mais elle se met à crier qu'elle n'a pas le temps, que je ne suis pas la seule personne à qui elle doit donner la douche, qu'ici on n'est pas à l'hôtel...

 

Je me tais !

 

Elle frotte, m'essuie, je me soumets à sa loi car je me dis que ce sera terminé plus vite.

 

Que cesse mon humiliation

 

Que je retourne chez moi

 

Voilà ce que je souhaite

 

Le visage de la femme n'a pas l'air bien méchant, mais ses gestes m'intiment de ne pas la contredire, et malgré que j'ai l'âge d'être sa grand mère, je me plie à sa volonté, sauf lorsqu’elle veut me mettre une couche de bébé...Là non !

 

Je veux ma culotte

 

Madeleine, vous êtes incontinente, si vous voulez, vous pouvez mettre votre slip par dessus

 

Ah bon, je suis incontinente, mais depuis combien de temps, c'est étrange, je ne me souviens pas du tout. Quelle honte !

 

Ne vous inquiétez pas Madeleine, voilà, vous êtes toute propre, je vous emmène dans le salon où vous allez prendre un bon petit déjeuner

 

Je n'ai pas faim

 

Ah non, vous devez manger, sinon vous allez retourner à l'hôpital, c'est ce que vous voulez ?

 

Bien entendu que non, je ne veux pas allez à l'hôpital, mais, ce n'est pas un hôpital ici ?

 

Ici c'est une maison de retraite, vous êtes dans vôtre chambre et maintenant venez, vous allez vous installer dans le salon

 

Faut que je prenne mon sac quand même

 

mais non , vous n'en avez pas besoin, dépêchez vous, je suis en retard

 

Vous devez allez où ?

 

Vôtre voisin m'attend pour la douche

 

Ah bon, et c'est comment votre nom, déjà ?

 

Marie, allez Madeleine, avancez

 

Faut que je prenne mes lunettes de vue

 

Ah oui, vos lunettes, où donc les avez vous encore planquées Madeleine

 

La femme à la blouse blanche ouvre et referme les portes et les tiroirs, elle ne sourit plus du tout, et je me sens coupable de lui faire perdre son temps

 

Que cherchez vous comme çà, je peux vous aider

 

Mais vos lunettes pardi

 

Ah mais elles sont dans mon sac, mes lunettes, je les mets toujours dans mon sac

 

Votre sac, où est votre sac Madeleine

 

Elle tourne en rond et cherche mon sac du regard sans succès, car naturellement, personne ne connaît ma cachette

 

Où donc avez vous caché votre sac cette fois ci Madeleine ?

 

Si je vous le dis, ce ne sera plus une cachette enfin

 

Svp Madeleine, je n'ai pas le temps, sinon, je vous préviens, vous irez manger sans vos lunettes,

 

J'hésite, puis, devant la menace de ne pas voir clair, je finis par allez cherchez mon sac sous le matelas, au pied du lit...j'ai toujours aimé le cacher à cet endroit...

 

J'ouvre mon sac, je mets mes lunettes sur mon nez, je veux me mettre un peu de rouge à lèvres mais la jeune femme m'en empêche en me disant que je le ferai plus tard, après le petit déjeuner...

 

La dame à la blouse blanche m'attend, je la suis, je crois bien que j'ai un petit creux...

 

mais, nom de nom, je sais bien qu'ici c'est pas chez moi !

 

 


 

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